Les Âges Obscurs

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Les Âges Obscurs

Message par Kael » Dim Sep 13, 2015 22:58

Salut à tous! Je suis en train d'attaquer la rédaction d'un roman de Fantasy se passant dans l'Antiquité (vers -2000) où l'on assiste aux ultimes combats entre les Atlantes et leurs rivaux que sont les Humains. Je poste ici l'intro, j'essaierai d'alimenter avec un nouveau chapitre tous les mois. N'hésitez pas à commenter, votre point de vue m'intéresse!

Prologue : Mol'When n'est plus

La masure était en ruines, et les poutres crépitaient encore des restes de l'incendie. Des meubles renversés et brisés cernaient les corps de leurs propriétaires. Travis tapotait du pied le cadavre inondé d'humeurs verdâtres. Sa répugnance à l'égard de l'ennemi s'accompagnait d'une certaine curiosité morbide. Qui étaient-ils ? Pensaient-ils, souffraient-ils ?

Il sortit de la maison en rengainant son couteau, et se mit à descendre le sentier menant à la mer. Tout en arpentant le charnier qui avait servi de champ de bataille la veille, il donnait des consignes discrètes aux soldats qui s'adonnaient au pillage de la cité en ruines. Un hochement de tête par ici, un refus poli de participer par là. Tous les lieutenants n'auraient pas mis, comme lui, un point d'honneur à se tenir à l'écart des exactions, mais Travis posait en principe qu'un chef devait avoir un comportement digne.

A bientôt vingt deux ans, Travis était l'un des plus importants membres de la Grande Armée. Du moins, l'un des plus importants encore en vie. Peu après les premières conquêtes, il avait été repéré par Golan en personne et intégré dans ses troupes, où il avait peu à peu acquis le rôle de commandant en second. De taille moyenne, il était musclé sans être impressionnant, et son visage à la barbe hirsute et au regard fuyant ne contribuaient pas à le rendre abordable. Si l'on ajoute ses cheveux bruns prématurément grisonnants, et ses yeux marrons légèrement verts, Travis ne donnait pas vraiment une image de conquérant invincible. Mais ses partis pris, fuir le viol et le pillage, le rendaient populaire auprès des troupes, qui le considéraient comme vertueux et juste.

Mol'When, leur dernière conquête, était une cité maritime, comme presque toutes les cités Atlantes. Leur race semblait ne pas pouvoir vivre loin d'une grande étendue d'eau. Ehn'Gha, Les'T, Nox, toutes les cités qu'ils avaient conquises ces trois derniers mois étaient sur le littoral. Etait-ce une habitude issue d'un stade antérieur de leur évolution, ou un besoin physiologique ? Ou la nostalgie de la vie sous l'eau, tout simplement ? C'était en tout cas un désavantage certain pour eux, car ils ne disposaient d'aucune barrière naturelle pour les protéger. Au contraire, le bord de mer facilitait l'abordage des galères, qui charriaient chacune des dizaines de combattants en armes frais et dispos.

La guerre était déclarée depuis des lustres entre Humains et Atlantes, mais les deux civilisations savaient très peu l'une de l'autre. Les contacts pacifiques, s'ils avaient existé, étaient peu nombreux. Seules les ruines, tombeaux de leurs peuples, parlaient un peu pour eux. Les constructions étaient pour la plupart arrondies, l'architecture Atlante détestait les angles et les arêtes. Les parois, faites d'un matériau qui n'était ni de l'os, ni de la pierre, étaient irrégulières et alvéolées, et pour la plupart blanchies à la chaux. Les seules couleurs autorisées semblaient être l'ocre et le rouge, qu'on retrouvait sur la plupart des bâtiments communs, ou sacrés.

De nombreux livres et inscriptions, jalonnant les ruines, auraient pu être des sources d'informations pour les vainqueurs, si ceux-là maîtrisaient la lecture. Or, non seulement les Humains étaient analphabètes, mais ils ignoraient jusqu'à la notion de culture. Leurs seules valeurs étaient le courage, la force et la domination, et leur passé commun se résumait à quelques légendes contées au coin du feu. Bien que leur mode de vie soit encore très sauvage, ils s'organisaient de plus en plus. Les hordes de tribus qui s'entre-déchiraient sur le territoire de ce qui deviendrait un jour la Grèce s'étaient rassemblées sous la houlette d'un chef charismatique qui avait vu ce que les Humains pourraient accomplir une fois unis. Clamant à toutes les foules le danger que représentait l'invasion Atlante pour les Humains, il avait réussi, petit à petit, à gagner à sa cause des tribus qui, rassemblées, formaient une armée. Non contente de clamer son territoire, les hordes dirigées par Golan ne cessaient de faire reculer la présence atlante. Cité après cité, les Humains gagnaient toujours plus de territoires, et les soldats étaient récompensés en or et en terres. Naturellement, ces richesses facilement gagnées agissaient comme un catalyseur, et de plus en plus d'hommes se bousculaient pour entrer dans la Grande Armée, persuadés de se battre peu pour gagner beaucoup. Golan et ses hommes déferlaient vers l'ouest comme une lame de fond, et nul ne pouvait dire s'ils s'arrêteraient un jour. Le royaume atlante semblait si vaste qu'il paraissait illimité, mais tout empire devait avoir un cœur, et manifestement, les quelques cités conquises jusqu'ici n'étaient guère plus que des postes avancés. Le centre de l'Atlantide était encore intact, tous en étaient sûrs.

-Travis! Pouvez-vous m'accompagner ? Nous avons trouvé quelque chose !

Le soldat qui avait interpellé Travis semblait jeune. Seize ans ? Dix-sept ? Golan évitait de recruter des enfants, trop faibles pour porter lance et bouclier. Mais quel que soit son âge, n'importe qui pouvait intégrer les troupes s'il disposait des aptitudes physiques requises. Celui-ci était brun aux yeux gris, la peau dévorée par les coups de soleil, et sa musculature n'était pas encore tout à fait développée. Il essayait de cacher sa jeunesse sous une barbe peu fournie, ce qui ne faisait qu'accentuer son côté juvénile. Travis tourna la tête vers lui, en se donnant un air autoritaire.

-Que se passe-t-il ?

-Nous étions en train de fouiller un temple, et nous avons trouvé... Des indigènes. Devons-nous les faire prisonniers ?

-Montrez-moi ça.

Le jeune soldat avança vers un petit temple, la démarche peu assurée. Les chemins étaient partiellement détruits ou enfoncés, et les gravats parsemaient le passage. Travis lui emboîtait le pas sans mot dire.

En entrant dans le temple, ses yeux mirent quelques secondes à s'habituer à l'obscurité. Quand les phosphènes disparurent, il contempla quatre hommes de la Grande Armée regroupés en arc de cercle autour de deux Atlantes, debout et immobiles, bien que tremblants comme des feuilles. Personne ne disait un mot. Travis se posta face aux Atlantes, impassible, et les toisa en silence pendant une bonne minute.

-Nous ne faisons pas de prisonniers, asséna-t-il après réflexion. Débarrassez-vous d'eux vite et sans fioritures.

Travis se retira, le visage morne, pendant que les soldats se rapprochaient des survivants les armes à la main. Les cris étranglés qui lui parvenaient tandis qu'il franchissait le parvis du temple ne lui arrachèrent pas la moindre émotion : comme ses comparses, il était endurci au meurtre et au massacre, et il avait foi dans la justesse de sa cause.

Le centre de la cité étant considéré comme pris, il élargit son périmètre aux bâtiments périphériques, aux demeures de luxe et aux oliveraies. Les Atlantes avaient un sens étonnant de la propriété : si leurs affaires légères leur appartenaient bel et bien, ils logeaient dans leurs demeures par rotation. Chacun occupait, à tour de rôle, les villas balnéaires, avant de céder sa place à un autre, et ainsi de suite. Les Humains étaient plus pragmatiques sur la question, et s'attribuaient définitivement un territoire, les plus forts étant les mieux servis.

Travis arriva dans une oliveraie à la forte odeur d'huile. Les arbres étaient en pleine production d'olives, et les pressoirs avoisinant semblaient avoir tourné sans interruption avant leur arrivée. Les soldats, peu intéressés, avaient épargné l'endroit.

Tant mieux. La production sera rentable presque immédiatement.

La visite des villas ne lui apprit pas grand-chose de plus. Certains chefs de groupe, ne souhaitant pas guerroyer plus avant, s'étaient accaparés les plus belles pour en faire leur foyer, mais ils le tolérèrent par égard pour son grade et son influence auprès de Golan. L'architecture des villas était réellement proche du chef-d'oeuvre, avec des arabesques et des courbes arrondies à la fois agréables à l'oeil et fonctionnelles. Et des piscines, bien sûr. Toute demeure atlante, même modeste, disposait d'un point d'eau, et ici les piscines étaient approximativement aussi étendues que le bâtiment. C'est un peuple qui passait le plus clair de son temps immergé, ne regagnant la terre ferme que pour travailler, manger ou chasser.

Travis s'estima satisfait, dans l'ensemble, de la tournure des événements. Sa tournée d'inspection terminée, il retourna vers le campement provisoire de la Grande Armée pour faire son rapport à Golan. Le nombre de soldats ne cessait de croître, de campagne en campagne, et les tentes occupaient presque tout le vallon désigné pour camper. Travis n'avait jamais vu autant d'hommes rassemblés au même endroit, une véritable ville sans bâtiments en dur, avec ses échoppes, bordels et latrines. Au vu des tentes éparpillées sur le terrain vague, il se dit qu'un peu d'organisation serait la bienvenue. L'extension inexorable de la Grande Armée posait d'importants problèmes de gestion : comment se retrouver et se coordonner si tout le monde s'installe dans l'anarchie ? L'imposition de laisser dégagées deux allées centrales formant une croix dans le campement avait un peu amélioré les choses, mais pour le reste, c'était un entassement de tentes en peaux et en tissu grossier qui se piétinaient les uns les autres. Travis se fraya un chemin jusqu'à la tente de Golan, marquée par trois bandeaux rouges. Les guerriers lui firent place avec les honneurs qui lui étaient dûs, le félicitant parfois pour sa bravoure ou son équité.

Golan était penché sur son écriteau, rédigeant une lettre quelconque. Il avait la silhouette qui sied à un chef de guerre : grand, large d'épaules, les muscles saillants sous sa tunique en cuir tanné. Ses yeux étaient incroyablement communicatifs, et lui donnaient l'air à l'écoute de ses interlocuteurs en toutes circonstances. De toute la Grande Armée, il était la seul, à la connaissance de Travis, à maîtriser l'écriture, ce qui lui garantissait le secret de sa correspondance. Les lettres lui permettaient de sceller des alliances d'une façon que Travis ne comprenait pas très bien, mais il en voyait les fruits lorsque de nouvelles troupes débarquaient sur le terrain.

Levant un regard affable sur Travis, Golan se désintéressa de sa lettre et invita d'un geste son lieutenant à s'asseoir près de lui. Sans un mot, il prit un pichet de vin et servit deux gobelets de terre cuite. Après avoir bu seulement, il l'invita à parler.

-La prise de Mol'When s'est bien déroulée, Chef. Les Atlantes n'ont pas beaucoup résisté, il est probable qu'ils ne se soient pas attendus à une arrivée aussi rapide de nos troupes. Les quelques soldats que nous avons affrontés étaient loin du nombre auquel on aurait pu s'attendre. Nos pertes sont minimes, et surtout concentrées sur les renforts locaux que nous avons recrutés pour le temps de la bataille. Les survivants déplorent la mort de leurs compagnons, mais la profusion de bâtiments et de matériaux précieux qu'ils se sont empressés de piller les fera bien vite oublier le deuil. Je suis d'avis de leur laisser ce qu'ils ont pris, et de leur demander un tribut prélevé sur leurs territoires nouvellement acquis. La Grande Armée ne manque désormais plus d'hommes, mais des moyens de les maintenir en forme. Si nous obtenons des mercenaires locaux de la nourriture et de l'eau, nous pourrons nous enfoncer plus avant en territoire Atlante.

-Travis, le reprit Golan en saisissant une poignée de dattes, tu es bien le plus zélé de mes lieutenants. Cette cité à peine conquise, tu lorgnes déjà sur la suivante ?

-Ce n'est pas par appât du gain, Chef. Le peu de résistance que nous avons rencontré m'inquiète. Il est probable que des troupes Atlantes rôdent dans les parages et tentent une contre-attaque bientôt. Si la Grande Armée est piégée, elle en réchappera probablement, mais pas sans perdre certains de ses meilleurs éléments. Prométhée, Hector ou Apollon pourraient tomber, et qui commanderait leurs troupes ? Les hommes feraient sécession, car sans leur chef de bande ils redeviendraient les pillards qu'ils étaient. Alors que si les Atlantes arrivent dans Mol'When vide, ils se contenteront de massacrer les quelques mercenaires malchanceux qui s'y trouvent, et l'armée sera intacte.

-Ton raisonnement se tient... Dis-moi, Travis, depuis combien de temps suis-tu la Grande Armée ?

-Je me souviens du temps où tu commandais à une poignée d'hommes. Peu après tes premières conquêtes, tu m'as retrouvé dans un ruisseau où j'avais été abandonné. J'avais une quinzaine d'années, mais je n'ai nul souvenir de ce jour-là, ni de ma vie auparavant.

-Recueillir un enfant... Mes troupes étaient-elles si faméliques ? Quelle idée ! Et pourtant, l'avorton que tu étais es bien vite devenu mon meilleur conseiller ! Sans ton sens de la stratégie, qui sait si nous aurions été victorieux à chaque fois ?

Travis esquissa un sourire embarrassé. Golan ne se répandait jamais en parlottes inutiles. Que se passait-il aujourd'hui ? Il l'invita à se lever et, lui passant un bras autour des épaules, le guida vers la sortie de la tente.

-Travis, tu es un bon soldat. Tu es fort, courageux et loyal. Tu n'es pas spécialement beau, mais tu dégages cette aura qui incite les gens à te suivre et à te faire confiance. J'admets que j'ai eu souvent besoin de toi pour élaborer mes plans de bataille, seulement ton comportement commence à me faire de l'ombre, vois-tu ? Les soldats te sollicitent, ils se rassemblent autour de toi, et moi je perd le contact avec eux. Il n'est pas bon pour une armée d'avoir plus d'un leader. Et comme la puissance de la Grande Armée est devenue telle que ta stratégie me devient inutile, nos chemins se séparent ici.

Travis avait anticipé le coup de dague, mais le bras autour de ses épaules l'empêchait d'esquiver correctement. En désespoir de cause, il présenta le flanc à la lame, et l'acier glissa le long de ses côtes, ouvrant une plaie qui saignait abondamment. Se libérant de l'emprise de Golan, il dégaina à son tour, le bras gauche collé contre son flanc ouvert. De la main droite, il sortit sa dague de combat rapproché de son fourreau de cuir tanné.

Travis savait que ses chances étaient nulles. Le combattant qui versait le premier sang était généralement le vainqueur du combat. De plus, sa force brute n'égalait pas celle de Golan. Il essaya tout de même d'attaquer, mais une esquive accompagnée d'un coup sur son flanc gauche le fit vaciller. Il perdait beaucoup de sang. Golan le fit basculer d'une béquille, et lui enfonça son genou dans la figure. Le nez de Travis éclata sous l'impact.

Déboussolé, il s'effondra au sol. Golan le saisit par les cheveux, lui relevant la tête pour exposer sa gorge. Travis avait toujours sa lame en main, et il donna un dernier coup au jugé. Miraculeusement, il toucha l'oeil droit de Golan qui, surpris et victime d'une vague de douleur, hurla et recula sans égorger son lieutenant.

Deux soldats entrèrent dans la tente, attirés par le hurlement. Le spectacle de leurs deux chefs s'entre-déchirant les figea sur place, mais la voix grave de Golan les sortit bientôt de leur stupeur.

-Qu'est-ce que vous attendez ? Arrachez-lui son arme ? Vous ne voyez pas qu'il cherche à me tuer ?

L'instinct les poussa à obéir. Ils ceinturèrent Travis, bien incapable de s'y opposer, et lui arrachèrent sa dague. Golan avança vers lui, la main droite sur son orbite ensanglantée.

-Toi ! Tu n'es pas seulement inutile, tu t'es rebellé contre ton chef ! Tu serviras d'exemple aux autres : on te crucifiera au bord du camp, et tu agonisera pendant des jours pendant que les corbeaux te dévoreront les yeux. Tes cris de souffrance rappelleront aux hommes ce qui arrive à ceux qui veulent me défier ! Emmenez-le, et gardez-le sous bonne garde ! Demain midi, nous ferons comprendre qu'on ne blesse pas Golan impunément !
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Re: Les Âges Obscurs

Message par Kalidon » Lun Sep 14, 2015 11:25

Très sympa, j'aime bien l'écriture et les descriptions =).

Par contre je n'ai pas trop compris le fait que presque aucun humain ne sais lire, c'est historique ? Je n'y connais rien mais j'aurai dit que ça serai assez répandu au moins chez les généraux.

En tout cas n'arrête pas ;)
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Re: Les Âges Obscurs

Message par Arno » Lun Sep 14, 2015 13:11

J'aime beaucoup le style, j'ai hâte de lire la suite !
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Re: Les Âges Obscurs

Message par Kael » Mar Sep 15, 2015 20:03

Merci pour vos commentaires!

@ Kalidon : oui, c'est très cohérent historiquement puisque dans l'histoire antique, il y a une période de progrès (invention de l'écriture, du calcul, apparition des villes) vers -3000, puis une période de régression entre -2500 et -1000 où la civilisation disparaît totalement (sauf en Egypte, mais le pays vit en autarcie et ne fait donc pas profiter le reste du monde de sa science), puis réémergence de la civilisation pour former l'Antiquité classique (gréco-romaine). Mon idée dans le roman est de montrer les balbutiements de l'armée en train de se moderniser (il n'y a pas encore d'organisation en unités, ni d'armures, et on voit juste commencer à émerger une forme de chaîne de commandement).
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Re: Les Âges Obscurs

Message par Kael » Mer Sep 30, 2015 10:07

Salut à tous! Voici le premier chapitre des Âges Obscurs!

1) Les ténèbres sont mes amies


Le campement de la Grande Armée n'était fait que de toile et de cordes. Il n'y avait aucun bâtiment en dur pouvant servir de lieu de confinement. Golan avait donc réquisitionné une villa Atlante pour servir de cachot à Travis, et il avait veillé à ce que la garde ne mollisse pas. Puis il était parti voir la rebouteuse pour faire soigner son œil blessé.

Sa tente était petite, terne et mal éclairée. Elle y passait très peu d'heures en journée, car elle passait le plus clair de son temps à parcourir le terrain pour prodiguer les soins là où on avait besoin d'elle. Vieille et fatiguée, elle dormait déjà profondément quand Golan la tira du lit. Elle écarquilla les yeux, puis examina le visage du chef avec professionnalisme.

-Le coup de poignard te laissera une vilaine cicatrice, lui dit la vieille, et je crains que ton œil ne puisse plus jamais voir. Je vais nettoyer la plaie...

-Borgne, moi ? Ne me fais pas rire, maudite sorcière ! Tes pouvoirs peuvent arranger ça !

-Mes pouvoirs peuvent soigner les plaies, mais pas ressusciter les morts ni faire repousser les yeux, et tu le sais très bien. C'est le dépit qui te fait lancer des menaces mal placées. Laisse-moi faire.

Golan répliqua plusieurs fois, mais avec moins d'insistance. Ses plaintes étaient futiles et il le savait. Finalement, il attendit sans bouger que la plaie soit nettoyée à l'eau de mer. La douleur était atroce, mais il n'avait d'autre choix que de rester stoïque. Il se méfiait de la tendance de la vieille chouette à colporter les ragots, et il ne pouvait pas se permettre de montrer de la faiblesse. Lorsque le résultat fut satisfaisant, elle lui remit un cache-oeil en tissu.

-Tu devras trouver un moyen de dissimuler ton orbite béante, Golan. Ceci te permettra de le cacher quelques temps. Mais surtout, tu dois surveiller ta blessure. Si tu vois le moindre signe d'infection ou de gonflement, reviens me voir, d'accord ?

Golan grogna son assentiment, puis il quitta la rebouteuse sans un remerciement. Les soins avaient pris du temps, et la nuit était tombée sur la Grèce. Une brise salée soufflait en provenance de la mer, et rafraîchissait un peu l'atmosphère torride.

Sa première visite fut pour Travis, retenu prisonnier dans la villa la plus proche du campement. Le mercenaire qui se l'était appropriée, un homme petit, nerveux et prêts aux mauvais coups, ne manqua pas de manifester sa désapprobation quant au fait de devoir héberger un prisonnier, mais il n'oserait pas désobéir. Golan lui avait donné une propriété, il pouvait tout aussi bien la reprendre.

L'intérieur de la villa était éclairé par des lumières jaunes à la luminosité inidentifiable, qui se ravivaient toutes seules à la tombée de la nuit, baignant les pièces d'une luminosité douce et feutrée. Des murs au crépi blanc irréprochable encadraient un sol carrelé du plus bel effet, brillant de cet éclat bleu nuit cher aux Atlantes. Il ne fallut pas longtemps à Golan pour repérer sa garde personnelle, veillant devant la porte menant au cellier.

-Chef, Travis est enfermé au sous-sol. Comme vous le souhaitiez, il est encore en vie. Il ne le restera peut-être pas longtemps. Sa blessure au flanc ne s'arrête pas vraiment de saigner, il sera exsangue avant l'aube.

-A-t-il dit quelque chose ? Est-il prêt à me faire des excuses en public ?

-Il reste prostré et muet, Chef. Je pense qu'il est sous le choc.

-Bon... Hors de question qu'il se laisse mourir, décida Golan. Convoquez le chirurgien pour recoudre ses plaies. Il n'est pas nécessaire qu'il le remette sur pied, mais au moins, qu'il stoppe le saignement. Nous lui réservons un châtiment exemplaire, et il n'y a aucun intérêt à supplicier un cadavre.

-Chef, nous sommes inquiets de la réaction de l'armée à propos de l'emprisonnement de Travis. Il est très populaire parmi les troupes, et il se pourrait bien que certains envisagent de le libérer de force. Il serait plus sage de le tuer de suite.

Golan se tourna calmement en direction du soldat. Puis il l'empoigna par le col avec la vivacité d'un guépard et le plaqua au mur sans ménagement.

-QU'ES-TU EN TRAIN DE SUGGERER ? Que je ne suis pas capable de retenir un homme pendant quelques heures ? Que je dois laisser la peur me dicter mes actes ? C'est justement parce qu'il est populaire que je dois le garder en vie ! Les hommes ne comprendraient pas que je l'exécute sans cérémonie, ils pourraient en venir à vouloir un nouveau chef ! Le seul moyen de régler cette affaire proprement, c'est d'humilier Travis en public, de le dénoncer comme traître et de l'exécuter en place publique. Ensuite seulement, les soldats pourront passer à autre chose. D'ici là, gardez-le en vie. Et si quelqu'un conteste encore mes décisions, son corps ira nourrir les vers avant l'aube. Montez la garde !

Il relâcha sa prise. Le garde ramassa son casque, qui avait roulé sur le sol suite à l'impact, et reprit sa place. Il ne tremblai pas et ne pâlissait pas, mais il estimait à juste titre qu'il était judicieux de ne pas ajouter un mot. Golan prit le chemin de la sortie, et ce fut à ce moment-là qu'il se rendit compte qu'il recommençait tout juste à respirer normalement.

Durant les minutes qui suivirent, il ne se passa rien. Travis agonisait toujours dans sa cellule, et nul ne voyait comment il aurait pu s'échapper sans répandre des flots de sang sur son passage, mais les menaces proférées par Golan incitaient les gardes à faire du zèle. La menace potentielle ne venait pas de l'intérieur, mais de l'extérieur, d'où une surveillance accrue du périmètre. Finalement, le chirurgien mandé par Golan arriva aux portes de la villa-prison et demanda à voir le blessé. La garde le laissa passer sans difficultés : la Grande Armée n'était pas grande au point d'être composée d'anonymes, et le chirurgien, personne ressource s'il en est, avait un faciès que tout le monde connaissait. Encore jeune, il avait les cheveux roux sombre et son regard reflétait une intelligence supérieure à la moyenne. C'était également un athlète accompli qui avait vécu plus d'une bataille les armes à la main, et qui comprenait par conséquent ce que vivait ceux qu'il soignait.

Il descendit rapidement les escaliers carrelés menant à la cave, et commença à examiner Travis.

Sans surprise, l'état du condamné n'incitait pas à l'optimisme. Il avait perdu beaucoup de sang et sa peau était presque livide. Un hématome géant bordait la plaie, et on pouvait craindre que la blessure s'infecte bientôt. L'air contrit, il fit part de ses observations au gardien en chef.

-Travis est dans un état critique. Il est très faible, et probablement mourant.

-On ne vous demande pas de le remettre sur pied, Kanis.

Le chirurgien ne discuta pas davantage. Il sortit son nécessaire à sutures de son sac latéral et entreprit de recoudre la plaie béante. Le nombre de points dépassait la majorité des blessures qu'il avait vues jusqu'ici, mais il parvint à endiguer l'hémorragie, et la propreté de l'entaille lui laissait bonne espoir de penser qu'elle ne s'infecterait pas. Après ce travail de longue haleine, il sortit un baume cicatrisant à appliquer sur la blessure, mais les deux gardes l'interrompirent dans son geste.

-Merci, Kanis. Il est suffisamment rétabli. Inutile de gaspiller un produit qui vous sera utile lors de la prochaine bataille.

Le chirurgien savait qu'il serait vain de tergiverser. Il rangea ses outils et son baume, et prit la direction de la sortie. Il rentra vers sa tente, dans la nuit froide et venteuse. En chemin, il se demandait pourquoi Travis n'avait pas poussé le moindre gémissement lors de la suture. Même les blessés évanouis poussaient quelques grognements, lui n'avait rien dit. Peut-être était-il plus mal encore qu'on ne le pensait.

La nuit s'écoula. Peu avant l'aube, la garde devant la cellule de Travis fut relevée. Il n'y avait de toutes façons aucune crainte à avoir : le prisonnier était moribond, sa respiration sifflante et hachée suffisait à indiquer sa mort prochaine.

Lorsque le soleil fut suffisamment haut pour que toute la Grande Armée soit active, Golan fit appeler l'un des gardes sous sa tente et chargea le second de préparer Travis et de le conduire sur la place improvisée au milieu des tentes, le lieu de l'exécution.

Travis perçut vaguement le bruit de la barre enlevée de la porte de son cachot, mais du peu qu'il pouvait entrouvrir les yeux, il ne vit rien. Il avait repris conscience, mais il était trop affaibli pour esquisser un geste. Le garde s'approcha de lui et lui délia les mains et les pieds avant de lui tendre une vessie de porc remplie d'un liquide bleu pâle.

-Bois.

Travis s'exécuta. Il était de coutume d'offrir un dernier verre au condamné avant son exécution. Le goût était étrange, totalement différent des alcools qu'il connaissait.

Il sentit aussitôt revenir une partie de sa vitalité, et il comprit alors que ce qu'il buvait n'était pas de l'alcool normal. Il avait entendu parler d'une boisson atlante connue sous le nom de Quintessence, qui exacerbait les sens des hommes et les rendait temporairement plus forts et rapides. La contrepartie était de créer une forte dépendance qui obligeait à en consommer régulièrement, ce qui était très difficile car les Atlantes n'en stockaient que très peu, ce qui limitait les prises de guerre, et parce que les Humains ne savaient pas en fabriquer. On supposait que les fruits entrant dans sa composition étaient sous-marins, peut-être une sorte de vigne poussant au fond des mers, ce qui la rendait inaccessible aux hommes.

Travis but tout ce qu'il put boire sans le recracher. Il arriva bientôt à se lever, les jambes flageolantes. Le garde le retint par les épaules pour l'empêcher de tomber.

-Doucement, Travis. La Quintessence va te donner un coup de fouet, mais tu es mal en point. Ne fais pas de gestes brusques : tu risques de déchirer tes points. Viens avec moi et ne me lâche jamais.

-Tu... ne viens pas pour m'exécuter. Qui... es... tu... ?

-Tu es esquinté à ce point-là ? C'est moi, Rann.

Rann. Un ami de longue date. Lorsqu'il était arrivé dans la Grande Armée, Travis l'avait pris sous son aile et expliqué tous les rudiments du métier de soldat. Il s'était développé une relation de confiance fraternelle entre eux, et même si Rann était devenu au combat l'égal de Travis, il n'avait jamais cessé de le considérer comme le grand frère qu'il n'avait jamais eu.

-Sortons de là... Golan... fou...

-Ne parle pas. Garde tes forces pour marcher. Mon étalon, Sable, nous attends dehors. Nous allons essayer de quitter le camp discrètement. Sable est le coureur le plus rapide de la Grande Armée, mais la surcharge dû à deux cavaliers risque de le ralentir. Je préférerais ne pas être poursuivi. Passe ton bras gauche autour de mon épaule et agrippe-toi. Viens, on va sortir de la villa. Fais attention à l'escalier.

La progression fut laborieuse. Presque aveugle, Travis ne voyait pas ses pieds et trébuchait fréquemment. Lorsqu'il déboucha en plein air, la lumière lui agressa les pupilles, et il se résigna à clore totalement les yeux. La chaleur du soleil augmentait encore sa sudation. Mais le plus pénible fut encore le moment où il dut enfourcher Sable, qui attendait dans l'ombre du bâtiment. Rann eut beau être le plus délicat possible, il ne pût empêcher quelques points de sauter. Travis saigna un peu, mais pas de manière à le mettre en danger. Une fois hissé, il se cramponna à Rann, qui devait équilibrer le poids de deux hommes à la force de ses seules jambes. Il dirigea Sable vers les rues de Mol'When, la cité atlante. Il y aurait des soldats de la Grande Armée, mais moins qu'aux alentours du campement, et le couvert des rues leur permettrait peut-être de ne pas être repérés.

Partout, les ruines jonchaient le sol. Les fontaines, les statues étaient détruites et éparpillées, à l'exception des plus solides et des plus massives. Sable enjambait patiemment les débris, pendant que des suiveurs de la Grande Armée, prostituées, enfants ou infirmes incapables de combattre, grattaient les maisons calcinées pour y trouver des restes de nourriture qui auraient échappé au pillage des mercenaires. Rann ne les craignait pas : leurs contacts avec les soldats étaient épisodiques. Il était probable qu'ils ne soient même pas informés de l'arrestation de Golan. Ce n'était pas eux qui les dénonceraient. Il les laissa vaquer à leur misérable fouille.

Les véritables problèmes commencèrent au sortir de la ville. Les mercenaires de la Grande Armée avaient certes déserté le centre, composé de bâtiments administratifs et d'habitations exigues, mais la soldatesque avait pris ses quartiers dans les faubourgs, les belles villas confortables et spacieuses. Complication supplémentaire, les routes étaient plus larges et plus découvertes. En rasant les murs, Rann tenta de se soustraire aux regards des curieux. Il n'y parvint pas.

Deux cent mètres avant le couvert des arbres, qui marquait à la fois la limite de la ville et la relative sécurité pour les deux fuyards, deux sentinelles chargées de veiller, pour le compte d'un mercenaire occupant une villa, à ce que personne ne vienne piller les lieux, les remarquèrent essayant de s'enfuir discrètement. Comble de malchance, ils étaient informés de la disgrâce de Travis et de la récompense probable qu'ils pourraient toucher s'ils le ramenaient au bercail. Rann ne s'aperçut de leur présence qu'au léger cliquetis que firent leurs armes et morceaux d'armure alors qu'ils essayaient de s'éclipser sans bruit pour rassembler des hommes. Il jura entre ses dents et accéléra le pas : il ne faudrait désormais pas plus de quelques minutes avant d'être pris en chasse.

Golan récompensant ses hommes à hauteur de leurs efforts, la magnifique villa d'où provenaient les sentinelles appartenait à un riche et puissant mercenaire, capable de s'entourer des meilleurs guerriers et pisteurs. Rann eut beau mettre de la distance entre lui et eux, les soldats qui jaillissaient de la villa comme d'une fourmilière eurent tôt fait de retrouver leurs traces et de les traquer dans l'orée de la forêt. Rann les sentit sur leur piste, et les vit même à quelques occasions : ils étaient dûment armés d'épées et de lances, mais les gardaient à la ceinture. Ils essaieraient probablement de les capturer vivants, pour toucher une plus grosse récompense. Et peut-être par crainte des représailles envers celui qui aurait privé Golan de sa vengeance.

Rann mobilisa toutes les astuces qu'il connaissait pour brouiller les pistes. Peine perdue : ses maigres talents ne faisaient pas le poids face aux pisteurs qui le suivaient. Il s'enfonçait toujours plus dans la forêt, négligeant son orientation en se disant qu'il serait temps de se repérer quand le danger immédiat aurait été neutralisé. Il enfonça dans un ruisseau, se détourna devant des rochers et serpenta au milieu des souches moussues et éparses, jusqu'au cœur de la forêt où la lumière ne filtrait pas. Les bruits de fouille et de branches brisées, quoique discrets, lui parvenaient toujours assez nettement pour lui dire qu'il encourait toujours un risque. Lorsqu'il fut certain d'être à tout le moins hors de vue, il avisa une caverne qui s'enfonçait dans le sol. Ce n'était pas la première cachette potentielle qu'il repérait, mais c'était la seule qui puisse dissimuler Sable aussi bien que ses cavaliers. Mettant pied à terre, il descendit la pente douce parsemée de végétaux qui tenait lieu de plancher à la caverne. Il descendit Travis, toujours dans un état de semi-conscience, et l'épaula pour l'aider à avancer. Le terrain était glissant, et l'atmosphère empestait la pourriture douceâtre des végétaux laissés en décomposition dans un milieu fermé. Rann espérait juste que ce trou n'abritait quelque famille d'animaux hostiles, mais le risque était faible : son odorat développé aurait déjà repéré l'odeur de la charogne. De plus, Sable ne manifestait pas de signes de nervosité.

Rann était à mi-pente quand il entendit les bruits des traqueurs qui se rapprochaient. Il fut partagé entre l'envie de se réfugier plus loin, ou de rester sur place pour ne pas risquer de se trahir par un bruit quelconque. La lumière parvenait encore faiblement sur lui, aussi décida-t-il de descendre jusqu'à trouver refuge dans l'obscurité complexe.

Les chasseurs trouvèrent la caverne. Mais peu d'entre eux eurent la hardiesse de s'y aventurer. Le sol rocheux glissait, et il serait ennuyeux, voire problématique, de se retrouver avec une cheville foulée au milieu de la forêt. Rann soupçonnait ses poursuivants de s'être égarés autant que lui, d'où leur prudence. Certains descendirent tout de même, armés mais sans lumière, car dans la précipitation, les outils permettant de confectionner des torches étaient restés à la villa.

Rann et Travis se recroquevillèrent dans le fond de la grotte. Sable se coucha et se fit aussi discret que possible, sur ordre de son maître. Plongés dans l'obscurité, ils avaient une petite chance d'éviter la capture s'ils restaient totalement silencieux. Même Travis, devant l'imminence du danger, parvenait inexplicablement à mettre en sourdine sa respiration sifflante et hachée.

Les traqueurs descendirent très bas dans la grotte, et Rann reconnut certains soldats engagés pour la bataille de Mol'When. Des mercenaires agressifs, mais peu endurants, que la Grande Armée ne reverrait jamais une fois qu'elle aurait vidé les lieux. Ils s'étaient battus, avaient empochés, et comptaient désormais profiter des fruits de leur court labeur. Ils ne resteraient pas longtemps. Rann escomptait qu'ils bâclent leur inspection.

Il les sentit plus qu'il ne les vit, à quelques mètres de distance, tâtonnant dans l'obscurité. Leurs bruits de pas indiquaient qu'ils allaient et venaient, sans méthode mais avec obstination. Les minutes durèrent des heures, et l'état de Travis n'allait pas en s'améliorant. La dernière des choses dont il avait besoin, c'était bien d'être recroquevillé dans le noir et l'humidité sous le stress de la traque.

Ayant fait chou blanc, les chasseurs refluèrent, inconscients d'être passés sous le nez de leurs cibles. Ils battirent la forêt pendant encore une heure avant de battre en retraite, et une heure supplémentaire s'écoula avant que Rann n'estime qu'ils puissent sortir de la grotte en toute sécurité. Sable tremblait en remontant vers la lumière, à la fois sous le coup de l'angoisse et du froid. Travis avait à nouveau sombré dans l'inconscience, et Rann le portait, dérapant sur les petits cailloux qui parsemaient la pente. A l'extérieur, il tenta de le réveiller pour lui faire chevaucher Sable.

-Travis... Lève-toi, nous ne sommes pas en sécurité. La Grande Armée n'est pas si loin, et une bonne battue pourrait nous débusquer. J'ai besoin que tu montes pour nous échapper de la forêt. Travis ?

Aucune réponse. Le visage livide, Travis avait les yeux qui roulaient dans leurs orbites. Rann sut alors que son ami n'avait jamais été aussi proche de la mort.
Aimez la machine, mais combattez l'industrie.

Proverbe steampunk
Kael
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